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dimanche 8 septembre 2024

GRAND-PAPA VEUX-TU ME MASSER?

 

  Je viens d'établir un record mondial de huit minutes et dix secondes consécutives, en massant mon petit-fils de cinq ans, Samuel. Vous savez comment je m'y suis pris? En lui disant toutes les trente secondes, Ok, c'est fini. « Non, non, encore me réclame-t-il. Comment ça s'appelle ce que tu touches? » - L'omoplate. « Et si tu ne pèses pas dessus, l'omoplate est-elle ronde? » - Non, elle reste plate!

 

  Avant, c’était lui qui m’interrompait à tout bout de champs pour porter son attention ailleurs. C’est vrai que plus souvent qu’autrement, ma table sert de bateau de pirates et de soucoupe volante pour mes petits-fils. Mes enfants déjà, s’en faisaient une cabane ou un sous-marin.  Mais il y a toujours eu une règle pour avoir le droit d’utiliser ma table, un petit massage pour entretenir les aptitudes à la détente. He oui! La meilleure façon de favoriser l’expression de sa sensibilité, c’est d’abord et avant tout, avec ses sens. Quelle opportunité de se rapprocher de soi-même dès les premières années d'apprentissage. De sentir et ressentir, de connaître l'immensité de son univers.

Il faut comprendre qu'au-delà de la bonne volonté et de bonnes paroles, trop souvent l'attitude de notre société, prescrit l'interdiction de se toucher, de permettre de s'attarder à son corps. Nous avons culturellement tendance à associer le plaisir de jouer, avec un jouet, un article de sport, ou un objet usuel pour démontrer son adresse. Dès le plus jeune âge, ce sont des raisons culturelles qui mènent au surmenage et à l’épuisement. En cherchant des ressources extérieures pour occuper son corps, ou son esprit, alors que la considération de nos propres ressources, nous permet d’entretenir sa force créatrice et la confiance en soi. Oui, le jeune enfant mesure sa sensitivité et le langage de son corps et découvre ou confirme les liens entre ses tensions, ses peines et ses joies, sa détente et son mieux-être. Le massage ici, n’est qu’un jeu qui permet par des gestes tactiles et ses répercussions, une meilleure maturation du système nerveux et contribue subtilement au développement physique, affectif et intellectuel.

  Chaque seconde de silence permet aux neurones de Samuel, de faire pétiller son imaginaire. « C’est une bonne idée de mettre sa tête dans un trou, comme ça, Pinocchio et Spiderman peuvent se faire masser » me dit-il. Pinocchio ou Donald Duck, je comprends, mais pourquoi Spiderman? « Parce que, quand il a de la misère à respirer, il a des fils d’araignée qui le collent partout. » C’est vrai qu’avec un bon massage il se calmerait le gros nerf. « Est-ce que c’est le gros nerf qui fait des fils d’araignée ? » À bien y penser, je crois qu’un gros nerf tendu doit produire des fils d’araignée dans le cerveau. Si bien qu’en massant sa tête, ça le soulagerait. -« Oui, mais si tu masses tout son corps, qu’est-ce que ça fait? » Ça lui donnerait plein d’énergie, comme s’il était plein de vitamines! -« C’est ce que tu m’as dit tantôt, quand tu m’as servi de la crème glacée. » Oui mon petit-fiston, le massage va te rendre fort et en bonne santé. – « Oui mais moi grand-papa j’aime mieux la crème glacée ! »

 

Cet article a été publié la première fois en 2007 dans La Gazette des thérapeutes

 


samedi 7 septembre 2024

ANOREXIE, AMÉNORRHÉE ET MASSAGE

   

 

 

   Noémie vient tout juste de commencer son nouveau travail à la bibliothèque. Elle saisit l’occasion pour quitter la maison familiale et s’installer avec sa nouvelle amie Béatrice. Elles ont comme affinités l’obsession du corps. Elles ne parlent jamais de nourriture. Elles bavardent de constipation, d’insomnie et de vertiges. Noémie a un système digestif capricieux et ne mange rien qui la contrarie. Elle dépense une énergie folle à supporter son tourment. Béatrice a permis à Noémie de découvrir un apaisement souverain, en lui confiant que, depuis quelque temps, elle se fait masser.

   Nancy, elle, était venue me voir parce que son médecin, tout en lui suggérant le massage comme moyen de définir et de conscientiser la détente, avait fait allusion à ma chronique intitulée, « La libellule qui pète ». Nancy travaille comme modèle et me confie à l’époque : « C’est très facile de perdre l’appétit quand le travail, le transport, les défilés et tout le bastringue vous tiennent en haleine. J’ai beau avoir de la nourriture dans mon sac, je bouffe une pomme et des raisins secs et c’est la poubelle qui gobe le reste. On dirait que moins je mange, plus le regard des autres me dévore. Les miroirs et les portes vitrées sont comme des vautours qui s’alimentent du reflet de mon image. Malgré tout, mon corps est lourd à porter. Le purger, le sustenter, l’entretenir est au-dessus de mes forces. » Ainsi, les premières séances de massage ont servi à éviter les rétractions musculaires et tendineuses liées à la cachexie, étant donné l’indice de masse corporelle faible de Nancy

   Béatrice a un rapport exceptionnel avec le culte du corps mince. Elle fait, de manière performante, de la danse et de la gymnastique. Elle reconnaît que son choix alimentaire est restrictif et hypocalorique. Elle ne se nourrit pas, elle picosse du fromage, suce un quartier d’orange et le seul repas chaud comprend toujours quatre fèves vertes et un morceau de poulet, moins que le minimum vital. Elle a l’impression de bien gérer sa vie. Pourtant, sur le plan personnel tout est morose. Les premiers massages établissent l’harmonie de son système nerveux. Le massage des pieds au genièvre parvient laborieusement a effacé ses peurs. Le pétrissage de l’arrière-cuisse réconforte et polarise l’énergie basse qui monte comme un geyser le long du méridien du rein. Elle se reconnaît, repère après repère, instigatrice de sa fragilité et de son vide intérieur.

GIROUETTE - CACAHUÈTE

   Noémie trouve le massage apaisant et limpide. Pas de paroles sucrées de psy, pas de désossage analytique, pas de tartine morale sur les repas qu’elle remplace par des cacahuètes et des jus de fruits. Elle se donne la peine de me dire : - Je suis enthousiaste quand je perds un kilo, mais c’est le kilo suivant qui me tracasse. Et c'est ainsi que l'engrenage infernal s'installe. Je m’oblige à descendre une station de métro avant et à fuite les escaliers roulants et les ascenseurs. Je lutte contre l’aiguille de mon pèse-personne. Je vérifie souvent les contours de mes bras et de mes cuisses.

   Noémie ne connaît pas son biorythme, l’accès principal au bien-être. Elle ignore les limites de son corps. Elle est bibliothécaire et le don de soi se retrouve en premier plan. Embrouillée par la mutation du rôle de la femme, elle tient tout de même à nourrir les autres et se mettre à leur service. Elle y retire une grande valorisation qu'elle ne retrouve pas sur les plans émotif et sensoriel. Le massage contribuera à laisser émaner ces désirs personnels, à répondre à ces sensations palpables et non cérébrales, à combler ses appétits.

   Nancy a une brillante personnalité. Ces yeux sont scintillants comme son intelligence. Elle veut un enfant, mais elle n’a pas ses règles. Ou plutôt, la seule règle qu’elle possède c’est une règle à calcul. Rendement, rentabilité, contrat, transport, argent, maison, affection, bébé… oups! La machine à bébé est en panne, comme la machine à digérer, comme la machine à respirer. Pourtant, Nancy se répète toujours : - Je passe au travers ma journée. Je ne vois pas où est le problème. Mon désir extrême d’élimination me pousse à la consommation de laxatifs. Avec mes jeûnes, mon corps tient le coup et demeure pur. Je ne comprends pas pourquoi il est stérile. 

   L’aménorrhée est souvent la conséquence de ce qui précède l’amaigrissement. Les sens virent de tous bords tous côtés pour trouver approvisionnement. Le corps ainsi déstabilisé devient aussi une girouette affective. Les massages successifs permettent à Nancy de s’arrimer à ses sensations, finissant par admettre qu’elle souffre d’arthrose, d’insomnie, de vertiges et de crampes. Les massages lui permettent également d’améliorer le fonctionnement hormonal en stimulant le système lymphatique. La production des lymphocytes augmente et la défense et la reconstruction des tissus s'améliorent. Chaque étape permet d’évacuer le stress, d’arriver à un point de détente que le corps apprécie et se souvient. Si bien que, cette détente devient progressivement l’expression spontanée de son désir de confort,  un réflexe,  et non une chose cérébrale commandée. Les perceptions sensorielles de Nancy ont ainsi raison de ses perceptions mentales.

 

CORPS QUI HURLE N’ENTEND RIEN

   Dans une soif intense de vivre, Béatrice cherche le juste milieu entre l'ascèse et la débauche, entre l'égocentrisme et l’abnégation. Elle croit compenser ces déficiences par de la camelote de laboratoire, des potions santé, tiens donc! Ce qui provoque des désordres biochimiques et enzymatiques, augmentant ainsi ses tensions nerveuses. Ses gestes nerveux peuvent paraître un comportement dynamique, mais en réalité, il s’agit d’une incapacité à emmagasiner toute forme d’énergie. Elle cherche à leurrer le tout par une tenue étudiée et colorée, donnant l’illusion du panache à son corps. Cela ne tient jamais la route, de se comporter avec la crainte de décevoir les autres. C’est s’imposer, à coups d’hyper conscience, de tout maîtriser. Maîtriser la membrane qui contient ses organes, maîtriser son environnement, maîtriser ce que les autres ne réussissent pas à maîtriser. Béatrice a de la difficulté à affirmer ses vrais besoins et à établir ses limites. « Je dois avouer que je ne me rendais pas compte de mon état, j'estimais que j'étais un peu plus maniaque que les autres. Mais je n'avais pas conscience que ma vie n'était que mille et un rites journaliers tels que faire impérativement plusieurs heures de sport par jour; me peser; sélectionner des aliments en rejetant furieusement tout ce que je jugeais trop riche; examen, nettoyage et pesage scrupuleux de tout ce que j'ingérais pour éliminer tout surplus douteux; faire le calcul systématique des calories pour ne pas dépasser mon quota fixé. J’observais les consignes, mais mon corps n’entendait plus rien! Et puis, tout à coup, allongée sur la table, la confusion corporelle n’existe plus. J’apprivoise progressivement de nouvelles sensations, celles qui entraînent des émotions, des sentiments. Est-ce possible? Des évènements corporels sensoriels et affectifs qui ne mettent pas en scène l’ingestion. Est-ce possible? Des mains qui s’occupent de moi sans aversion, sans insolence? 

   Tout cela est possible si vous consentez à laisser votre corps se manifester. Noémie peut-elle entendre, accueillir et explorer ce que tout un monde peut procurer à son corps? Elle vient se faire masser sur l’heure du souper. « J’ai l’impression de me venger des scènes navrantes de règlement de compte que ma mère nous faisait à la table : La vie c’est sérieux les enfants, il faut trimer dur pour bien manger, videz votre assiette, la planète meurt de faim. Arrêtez de vous écouter, et patati pilé et patata frite. - Nous pouvions parler de tout, mais, de façon implicite, ne pas nous écouter. On mangeait notre solitude et notre désespoir, ensemble. Me faire vomir n’était qu’une procédure, mais le faire en silence me déchirait les entrailles. Je croyais qu’il fallait brûler son énergie, brûler sa graisse, pour atteindre la tranquillité »

   Noémie si savante, presque illettrée dans le domaine affectif, permet à son intuition de s’épanouir. Hier, son corps décharné incarnait le peu de place qu’elle s’accordait dans ce monde. Aujourd’hui, nous en sommes rituellement au corps sensible, comme dans SENS. Elle a cédé aux appétits du corps sans pour autant craindre l’embonpoint. Mais de cette conscience organique, il faut passer au bonheur spirituel, accueillir l’affection, accueillir l’amour. Je veux bien lui donner mon coup de main, mais vous qui êtes habituées à recevoir des massages, pouvez-vous lui dire qu’on peut rendre son corps habitable, rassasier ses sens et passer à la table avec plaisir?

 

 

vendredi 6 septembre 2024

MASSAGE ETHNIQUE


 

- J’avais des problèmes avec mon masseur précédent. Il ne parlait que sa langue natale. Il venait de Thaïlande.

- En effet, c’était un problème de thaï!

jeudi 5 septembre 2024

PAS LE TEMPS

 


- J’ai tout essayé, même les médicaments naturels, ça ne marche pas. Suite à votre massage miraculeux,  j’ai décidé de recevoir un massage toutes les semaines.

- Il serait préférable de vous reposer Étienne, et quand vous serez disposé, recevoir un massage qui répond aux résistances du moment.

 Et pour signifier qu’il est chef d’entreprise sérieux, il réplique :

-Je n’ai pas le temps de me reposer Monsieur, je suis à mon compte, je ne peux pas arrêter.

- Ben continuez comme ça monsieur, et puis, mettez les problèmes sur votre compte.


mercredi 4 septembre 2024

LA SOURCE DU PROBLÈME



Et comment va votre deltoïde?

- Vous devez vous tromper de client, moi j’ai une Mazda!

- Non, je parle de votre épaule gauche. Nous avons utilisé l’huile essentielle de gaulthérie la dernière fois.

- Ouais, ben j’ai mal aux deux épaules maintenant.

- En effet, je crois que j’aurais dû demander, comment va votre Mazda?

- Et bien, le volant tire beaucoup, je crois que la voiture a un problème d’alignement.

- Alors, réglez votre problème de roues chez le mécanicien, et vos épaules vont aller mieux.



mardi 3 septembre 2024

APPRENDRE

 


En lui massant la cuisse droite, la cliente pousse un cri.

- Comment se fait-il que ce soit sensible, me demande-t-elle?

- Je crois que c’est le foie, que je lui réponds.

- Je ne savais pas que le foie était si bas!


dimanche 1 septembre 2024

CONSULTEZ VOTRE MEDECIN BEN VOYONS DONC


 

  Martine était passée à la clinique pour se faire enlever son plâtre. La scie circulaire la chatouillait. Alléluia! Elle sentait sa jambe! Elle était donc vivante, mais dans quel état la retrouverait-elle ? Martine s’imaginait le tibia couvert de cicatrices et de veines boursouflées. Le cadeau déballé, sa jambe était chétive tout au plus, mais sentait le fond de chaloupe. Compréhensible ! Elle était tombée du quai. Un souvenir de vacances quoi ! Libérée de son carcan, elle s’était bien juré de se faire le plus grand plaisir, recevoir un massage.

  Martine vient se faire masser depuis cinq ans. Elle ne fume pas, mange bien, et tire avantage de ses activités d’intensité moyenne, mais dérape dès que ses activités sont trop intenses. Bien que toutes personnes risquent ce genre de dérapage, il est manifeste chez quelqu’un dont l’organe dominant est le cœur. Chez une personne en harmonie, cela révèle une personne animée, joyeuse et amicale. L’élément cœur, selon la théorie des éléments chinois, se compare au tempérament bilieux, et lorsqu’il est en dissonance on reconnaît son impatience, sa susceptibilité et son âme angoissée. C’est souvent une personne dure avec elle-même et vulnérable aux commentaires désobligeants.

  Le médecin trouvait Martine irascible et en avait déduit que son état d’esprit entraînait un comportement aux réflexes destructifs. Qui sait, si son accident n’en était pas un exemple. Il lui avait prescrit des calmants. Son impatience s’était transformée en anxiété. Si bien que le docteur avait conclu qu’elle avait une tendance dépressive. Des symptômes tels que l'essoufflement et l'oppression thoracique sont considérés comme étant d'origine psychologique chez les femmes mais souvent comme étant d'origine cardiaque chez les hommes Les mêmes symptômes chez les femmes sont souvent attribués au stress et à l'anxiété par le corps médical. Deux poids, deux mesures. La propension des femmes à discuter du stress d'inquiétude mène souvent à la multiplication des traitements dont le plus inoffensif, en apparence, est la prescription des suppléments de calcium qui entraînerait une calcification vasculaire problématique. La prise de calcium à des fins préventives est fondée, encore une fois, sur une focalisation de la structure osseuse sans tenir compte des conséquences des répercussions cardiaques.

  Martine est hors d'elle-même. Sa grande frustration tient du fait qu'elle s'est fiée au système dit de santé pour récupérer rapidement. Elle a consulté un autre médecin. Elle en pâtit depuis quelques semaines; consultation express stérile, mauvais diagnostic, surmédication. Le médecin lui a bien fait sentir qu’il était occupé à des choses plus sérieuses que ses complaintes et ses états d’âme. Allez hop ! il lui a fait une prescription magique et au suivant.

  On oublie souvent que la douleur n’est pas une maladie, mais le signe d’un dérèglement, d’une congestion. Martine a encore un petit serrement à la gorge et son front transpire. Son troisième médecin était une femme. Elle s’attendait à plus d’attention, plus d’exactitudes dans son propos. Maudit conseil futile, conseiller à quelqu'un de "consulter son médecin". C’est le pire guêpier dans lequel vous pouvez tomber. On trouvera bien quelques symptômes qui vous catalogueront dans les revendications d’une compagnie pharmaceutique.

  Il est temps pour Martine de recevoir un massage, car son corps s’en vient indifférent,  contaminé par une soupe chimique. Il faut d’abord diminuer la pression par un contact apaisant, mais énergique au niveau des omoplates et du sternum, éveiller et équilibrer les réseaux neuronaux, principalement au niveau des bras et de la nuque. Puis, se libèrent les vieux blocages émotionnels mémorisés dans les tensions et les contractures du corps. Le souvenir de la détente grâce à la stimulation sensorielle des massages antérieurs chassera l’anxiété. Le métabolisme énergétique de la cellule s’active et la jambe fracturée devient plus solide que jamais. Les milliards de cellules émettent, reçoivent, réagissent et répondent, mais elles sont faites surtout d’émotions et de créativité. Faites appel à votre intuition.