En matière de corps
humain, je m'y connais, mais en matière d'extra-terrestre, c'est délicat, vous
en conviendrez. Le décryptage d'un corps radioactif requiert une prudence
certaine. Elle est donc étendue sur la table à la façon des naturistes, comme
si cela signifiait ; irradiez mon corps de votre science. J'estime qu'elle
a, à peu près, 134 ans, un siècle de trop consignerai-je plus tard ! En
déposant mes mains sur son sacrum, se révèle à moi une créature aux réseaux
neuronaux enchevêtrés. J'ai bien repéré quelques cicatrices, mais ce sont des
implants bioniques. Sous mes yeux, j'observe la métamorphose de la décoloration
et de la texture de sa peau. Je constate d'abord qu'elle a déjà appartenu à notre
planète. Mes mains détectent ensuite, avec précaution, les blocages. La
surtension du cerveau, pour déjouer son surmenage, amplifie son épuisement. J’ai
l’impression de réparer un processus mécanique
et fluide-électrique.
Courrier
électronique
Cher masseur,
Comme je suis à une galaxie de
chez vous, je prépare ma prochaine expédition dans la vôtre. J'ai un plaisir fou à opérer le clavier cette semaine. J'ai
pris l'habitude d'écrire dans votre langage chaque jour, pour m'amuser et pour
mieux décrire ce que vous nommez mes sensations. Puis tout à coup, je me suis
dit que je vous devais bien quelques précisions, pour vos notes de bord. Je ne
sais si c'est le massage qui m'ouvre les hublots, mais il est clair que je
découvre un autre monde. La vie est chouette quand il s'agit de vos frictions.
Ce mot me fait sourire maintenant. Il adoucit mes échecs, accompagne mon coeur
affligé et me rappelle de modérer mes transports cosmiques. Je me rappelle
soudain que mes premiers souvenirs sont des gestes de tendresses et de divines
odeurs. J'avoue être un enfant de la terre, et mes plus grands bonheurs sont de
ressentir ce qui ressemble tant aux mains sécurisantes de mon père ou de jouer
à être bercée comme un bébé, par ma maman. J'admets que mes grands malheurs
étaient de garder mes distances et de ne pas trop manifester d'enthousiasme
quand il s'agissait de mon bonheur personnel. Je comprends que mes valeurs sont
miennes. Que mes émotions peuvent se partager sans être comparées. Que mes sens
ont un sens.
Chère Zita, bienvenue à bord. Vous n'êtes
désormais plus un clone de la productivité. Ce que vous ressentez est une déprogrammation
de la performance et du regard des autres. Ces métamorphoses s'accomplissent à
des niveaux subtils, bien au-delà des jeux de mots et des jeux de mains. Je me
réjouis de votre enthousiasme et vous méritez une vie heureuse. Vos prochaines
excursions vous révéleront que vous pouvez survivre au trop plein d'affections
et au trop plein de frictions.

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